mardi 10 mars 2009

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Imaginez que vous surplombez Paris, sa Tour Eiffel, ses boulevards et ses avenues. Vous êtes en charmante compagnie, avec eux, des amis qui vous sont chers. Il est 21h30. Le soleil se couche, il colore de rose les derniers nuages qui se partagent le ciel. Vous n'avez pas d'appareil pour immortaliser ce moment. La lumière vous aveugle presque. Vous avez une cannette de bière à la main et au bout de quelques temps, vous vous rendez compte que vous n'aimez pas ça. Tant pis. Ce moment, vous l'aviez rêvé. C'est encore mieux en vrai. Ils se rapprochent si dangereusement de la perfection, vous savez que vous avez beaucoup de chance d'être là. Assise entre les deux, vous êtes bien, si bien que vous auriez souhaité que le temps s'arrête, que rien ne puisse venir vous déranger. Vous refaites le monde à votre façon. Un monde idéal, dans lequel il n'y aurait pas eu l'attentat du 11 septembre, dans lequel on n'aurait pas à tous se séparer l'année prochaine. Ils vous raccompagnent à votre porte. Avant de vous séparer, vous vous asseyez dans l'herbe en face de chez vous. Vous regardez les étoiles et finissez par vous allonger. Qu'il est dur de se dire que la séparation durera sans doute plus de 24 heures : vous ne savez pas si demain vous irez à la soirée à laquelle vous êtes invité. Alors une demie heure plus tard, vous rentrez chez vous.
Le bus arrivera dans 5 minutes. Deux stations plus loin, une soirée se prépare, et quelle soirée... une de celles que vous appréciez le plus. Vous arrivez au grillage, vous pénétrez dans le jardin puis vous vous trouvez face à la porte d'entrée. Il vous faut frapper. La porte donne directement dans la cuisine. La plus part des gens sont déjà arrivés. Votre coeur se serre, votre estomac se noue, vous savez pourquoi. Ces gens là, vous ne les reverrez sans doute plus. Vous avez mal, vous vous efforcez de ne pas fondre en larmes, il faut paraître forte. Alors vous vous installez dans le salon, la télé est allumée mais vous ne regardez pas. Personne ne regarde. Le dernier invité arrive. C'est lui, celui qui, la veille était avec vous et admirait Paris... Ah, Paris, plus vous y allez, et plus vous allez voir ailleurs, plus vous aimez cette ville. La soirée peut enfin commencer. Uno, super cluedo, monopoly. Vous avez amené des Curly et de l'Oasis. On en boit, on en mange, on rit, on parle, éventuellement on joue, on perd de l'argent, on en gagne, on va en prison, on en sort. Finalement, il est l'heure pour vous de partir. Vous rangez vos cartes, votre argent et votre pion. La séparation est encore plus douloureuse que la veille car là, vous affirmez que vous ne reviendrez pas le lendemain.
Toc, toc, toc. Vous ouvrez cette porte et arrivez dans cette cuisine que vous connaissez tant. Il préfère que vous entriez directement chez lui. Lui, il est là, torse nu, surpris de vous voir. Il ne vous attendait pas ce soir. Il laisse échapper un soupir de contentement : il ne passera pas la soirée seul. Alors vous passez dans le salon, vous vous asseyez dans un ancien fauteuil et vous dominez royalement la partie de monopoly que vous aviez quittée. Il ne reste plus que deux joueurs, la partie avait commencé avec cinq participants. Les hôtels et les maisons sont à leur poste. Rien n'a bougé. Jusqu'à trois heures du matin ils ont joués, laissant au sol la boite de cluedo. Vous vous racontez mutuellement votre journée, vous analysez une scène de manga prise au hasard : "je crois qu'il a fait tombé ma culotte dans la rivière". Quelle étrange réplique ! Vous vous étonnez que des enfants de 8 ans soient fan de ce genre de livres. Vous, vous n'aimez pas ça. On toque à la porte, la personne en question entre, comme on en a pris l'habitude. Dans l'encardure de la porte, vous l'apercevez, lui, celui que vous n'avez pas vu depuis un mois jour pour jour, celui qui voit que vous n'allez pas bien alors que vous l'aviez caché aux yeux de tous. Lui, il vous connaît, il sait quelle importance vous accordez à cette pierre précieuse qu'est l'amitié. Vous avez un cadeau pour lui. Vous lui offrez. Il ne s'y attendait pas. Vous sentez bien que ça lui fait plaisir, pas besoin de remerciement, vous vous comprenez par de simples regards. Puis vous rattrapez le temps perdu, ce mois vous a paru une éternité sans lui. Et trop tôt arrive l'heure de se quitter, pour de bon cette fois ci. Eux, ils partent deux jours plus tard en bretagne. Vous savez qu'ils vont vous manquer atrocement. Vous partez avant que certains indices ne vous trahissent. Vous ne voulez pas qu'ils vous voient pleurer. Vous sortez, claquez la porte derrière vous. La prochaine sera dans un peu moins de deux mois.

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